Et si on prenait l’habitude d’étudier la personne, les paroles et les actions de Jésus une fois par semaine?

L’idée derrière l’habitude

Qu’est-ce qu’on entend par « Apprendre Christ »? Il faut comprendre qu’il s’agit d’une expression provenant de la Bible et qui a été reprise par l’Église primitive. On la retrouve dans Éphésiens 4.20 : « Mais vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris Christ. » Certaines traductions vont tenter de la moderniser un peu en la remplaçant par « connaître Christ » mais le terme ici est bel et bien « apprendre ». Dans les premiers siècles du mouvement chrétien, devenir chrétien voulait dire deux choses: (1) renier les dieux païens et (2) entrer dans une période de catéchisme (d’enseignement), en s'engageant dans une étude intensive de la personne et de l'œuvre de Jésus. Dans ce qui est aujourd’hui la Tunisie, cette période intensive de formation de disciple durait trois ans et c’était seulement après ce temps d’apprentissage intensif que les disciples se faisaient baptiser puis étaient reçu publiquement dans les cultes réguliers de l’Église locale d’une façon particulièrement émouvante. 

À ce point-ci, je t’entends presque dire : « Cool comme info. Mais comment fait-on ça? » Réponse : en prenant l’habitude d’étudier systématiquement et continuellement les Évangiles (les quatre premiers livres du Nouveau Testament qui relatent les récits et les paroles de Jésus). C.S. Lewis aurait été du même avis : 

De même, L’Église n’existe pour rien d’autre que pour attirer les hommes au Christ, les transformer en petits christs. Si ce n’est pas le cas, les cathédrales, le clergé, les missions, les sermons, même la Bible seraient une simple perte de temps. Dieu est devenu homme dans ce but. Je doute même que tout l’univers ait été créé pour un autre but. Il est écrit dans la Bible que tout l’univers a été fait pour le Christ et que toutes choses seront réunies en lui.1

Dans son chapitre précédent, Lewis explique un peu mieux cette notion en expliquant que le fait de « revêtir Christ » (Ga 3.27, Rm 13.14, Co 3.10, 12-15, Ep 4.24) signifie de se déguiser en Christ, de faire semblant d’être lui, de l’imiter concrètement.  

L’idée ici n’est pas non plus de limiter notre diète biblique aux quatre Évangiles… ni d’essayer d’y fouiller des conseils de vie pour répondre au fameux slogan américain WWJD. Le disciple de Jésus doit étudier l’ensemble des Écritures, ce qui nous aide, d’ailleurs, à comprendre la place des Évangiles à la lumière du récit biblique. Le théologien John Stackhouse a raison lorsqu’il dit : 

La question « Qu'a dit Jésus? » est une mauvaise question pour la pensée chrétienne, tout comme « Que ferait Jésus? » est une mauvaise question pour l'éthique chrétienne. La bonne question est : « Qu'est-ce que Jésus voudrait que je pense, que nous soyons et que nous fassions, ici et maintenant? »2

Mais pour faire ça, il faut bien connaître les Évangiles : voir se baigner dedans et les laisser nous imprégner jusqu’à ce que son contenu se faufile jusqu’à nos pensées quotidiennes, nos réflexes automatiques, voire nos rêves inconscients. Et je n’exagère même pas! 

Le fondement chrétien de l’habitude 

Bon, c’est assez évident que cette habitude soit chrétienne. Je ne pense même pas avoir besoin de justifier ce propos (si jamais il te reste des doutes, je t’invite à explorer le thème de l’incarnation de Jésus). Mais si c’est le cas, pourquoi avons-nous tant de misère avec cette pratique? Dans le côté anglo du ministère P2C, mes collègues ont invité les étudiant.e.s à relever le défi de la mission de Michael Frost et, des cinq habitudes, c'est celle-ci qui a été la moins pratiquée (même son de cloche dans mon petit groupe québécois en passant). 

Je pense qu’il existe différentes raisons pouvant expliquer ça. 

(1) Les évangéliques, on doit se l’avouer : on est plus « Épîtres de Paul » qu’« Évangile ». 

C’est en partie à cause du contexte de notre tradition chrétienne occidentale (et non orientale, comme les Orthodoxes) et protestante (et non catholique). Dans l’histoire de l’Église, la culture occidentale (influencée par les Romains et une version de la pensée grecque) avaient plus d'atomes crochus avec Paul alors que les orientaux (influencés plus directement par les Grecs et la pensée syriaque) étaient plus des fans finis de Jean. Et compte tenu que la Réforme protestante a été déclenchée par le moment d'eurêka de Martin Luther lorsqu'il a lu Paul dire « le juste vivra par la foi » (Rm 1.17), on peut comprendre pourquoi on est des trippeux de Paul. 

(2) On oublie que, sans les Évangiles, il n’y aurait pas eu d’Épitres (ou de Paul). 

Paul était un disciple de Jésus ; Jésus n’était pas un disciple de Paul. Subtilement et inconsciemment, on peut lire Paul presque comme si – alors que Jésus est peut-être un peu trop cryptique à notre goût – on préfère les explications de Paul à la vie de Jésus (oups). Paul est certes un génie, une source d’interprétation foisonnante de l’Évangile!3 Mais dans les faits, c’était le contenu de ce qu’on appelle maintenant les Évangiles4 qui réorientait la vie de Paul et son interprétation de l’Ancien Testament. Sans Jésus, il n’y aurait pas eu de Paul.5 Qu’est-ce qu’un tel regard vient déplacer dans notre compréhension de la pensée de Paul et dans notre valorisation des Évangiles? 

(3) La pratique de lire les Évangiles non-stop dans notre diète biblique s’est perdue avec le temps.6

Je me rappelle d’un balado que j'ai déjà écouté.7 Le conférencier expliquait qu’il s’était épris de passion pour le contexte juif de la Bible et, qu’afin d’approfondir ses connaissances, il avait commencé à suivre des cours sur la Torah avec des professeurs judaïsants. Dans la culture juive, il est commun pour les gens de lire, lire, lire et relire des portions de l’Ancien Testament, particulièrement les cinq premiers livres, au point d’en mémoriser des portions significatives. Un de ses profs lui avait fait la remarque suivante : « Vous les chrétiens, vous avez beau vous appeler chrétiens, vous connaissez très peu les Évangiles. Si moi, je croyais que Jésus était vraiment Dieu, je serais en train de lire les Évangiles sans arrêt! » La réaction des juifs en dit long sur la façon dont les premiers chrétiens (en passant, les tout premiers étaient juifs) auraient interagi avec les Évangiles! Et si on avait quelque chose à apprendre d’eux? 

Alors voilà le mandat chrétien : réapprendre à valoriser les Évangiles sans pour autant les mettre sur un pied d’estale au-dessus du reste du Nouveau Testament. Pourquoi garder cette tension? Parce que Jésus est véritablement le Seigneur de toute la Bible, de toute l’histoire humaine.8

Lis le témoignage de quelqu’un qui a essayé cette habitude ici:

Témoignage

Astuces pour développer l’habitude

Voici quatre suggestions par où tu peux commencer.  

Tout ça pour dire que je t’invite à essayer cette habitude avec moi. :-)  

Défi : une fois par semaine, prends un temps pour méditer sur et apprendre de Jésus-Christ.

Note de l’éditrice : Cet article est le septième d’une série (de douze) qui présente les habitudes missionnelles développées par Michael Frost dans son livre Surprise the World! Chaque habitude sera couverte par deux articles : une présentation et une histoire. Nous espérons que cette série te donnera des idées et des outils sur la manière de vivre ta foi dans le monde, afin que tu sois prêt.e à répondre à toute personne qui s'interroge sur l'espérance qui est en toi (2 Pierre 3.15-16). 


 1 Les fondements du christianisme, p. 201.  

2 John Stackhouse, Need to Know.

3 La majeure partie du Nouveau Testament a été écrite de sa plume et ce n’est pas pour rien! 

4 Je dis ça parce que, techniquement, les Évangiles qui sont dans notre Bible ont été écrits après les Épîtres. Cependant, leur contenu était déjà partagé à travers les témoignages des premiers disciples grâce à la tradition orale, une approche très répandue dans la culture de l'époque. Sans rentrer dans les détails, on est loin du téléphone arabe … 

5 Soyons clairs : je ne suis pas en train de dire que les Évangiles sont plus importants que les Épîtres. Un espèce de « canon dans le canon » de la Bible (traduction : un genre de sélection VIP dans les Écritures), disons que c’est louche et que ça crée de sérieux problèmes (lui et l’autre en parle). Toute la Bible est infuse de la même autorité, le même droit à réorienter nos vies vers Dieu, puisque, ultimement, son auteur est le même. Alors que suis-je en train de dire? Deux choses. (1) Mon plaidoyer est de faire en sorte qu’on puisse valoriser les Évangiles autant que les Épîtres. (2) Je dis qu’au lieu de se limiter au geste d’interpréter Jésus via Paul, on peut – et devrait – aussi interpréter Paul à la lumière de Jésus.

6 Les traditions catholiques, luthériennes et anglicanes ont un peu moins de difficulté avec ça vu la structure de leur liturgie (ordre de cérémonie religieuse) dans le culte du dimanche. Ils incluent généralement toujours une portion des Évangiles qui est lu à voix haute, indépendamment du texte prêché du jour.

7 Je n’ai pas été capable de le retrouver. Désolée!

8 John Stackhouse, Need to Know.