Et si on prenait l’habitude de noter, chaque semaine, comment Dieu est à l'œuvre autour de nous et comment on s’est joint à ce qu’il était en train de faire ? [1]
L’idée derrière l’habitude
Essentiellement, cette habitude est de commencer à s’identifier comme missionnaire – une personne envoyée. Le fait de prendre l’habitude de noter ce qui se passe est simplement un moyen de nous aider à internaliser cette réalité profonde.
À P2C, on a maintes fois écrit sur le sujet de la mission (dont ici et là). Un des points majeurs se résume par l’origine étymologique du mot mission, qui vient du latin missio, et qui signifie « être envoyé.e, éjecté.e ou poussé.e vers l’extérieur ». Avant, le terme était utilisé pour décrire le travail d’une personne qui change de pays pour répandre le message de l’Évangile ; désormais, il s’applique à chaque chrétien.ne qui désire rendre gloire à Dieu dans son quotidien peu importe où il ou elle habite dans le monde.
Tu vois, Dieu est constamment à l’œuvre (Pp 2.13, Rm 8.28, Hb 4.12, Jn 14.12, Lm 3.22-23, So 3.15, Jn 5.17). Il est constamment en train de réconcilier les gens entre eux, avec eux-même, avec la création ainsi qu’avec Lui-même. La Bible nous révèle combien la justice est importante à ses yeux et qu’il est du côté du pauvre et de la personne marginalisée. Il se bat pour eux (et elles!) à chaque jour qu’on le reconnaît ou pas. De plus, Dieu est en train de faire quelque chose de nouveau et de beau – on oublie souvent combien la beauté révèle quelque chose d’éloquent sur Dieu et sur sa décadence (positive!).
Alors l’idée derrière l’habitude est de commencer à noter :
Où est-ce que je vois des traces de la réconciliation, de la justice, et de la beauté de Dieu autour de moi?
À mon avis, qu’est-il en train de faire dans telle situation que je suis (ou telle personne, tel groupe est) en train de vivre?
Comment est-ce que je me suis joint à ce que Dieu était en train de faire? (Et si je ne l'ai pas fait : pourquoi donc? Et que puis-je apprendre pour la prochaine fois?)
Comment est-ce que j’ai pu alerter les gens aux réalités du Royaume : la réconciliation, la justice ou même la beauté de Dieu?
Le fondement chrétien de l’habitude
Il y a aucun commandement dans la Bible – explicite ou implicite – exigeant que les disciples de Jésus tiennent un journal ou rédigent quoi que ce soit (je trouve que c’est quand même important à mentionner!). Cependant, bien qu'elle soit loin d’être obligatoire, la discipline chrétienne consistant à tenir une sorte de journal missionnel vaut la peine pour quelques raisons.
(1) On trouve dans la Bible quelque chose de très similaire à ce qu‘on appelle aujourd’hui la journalisation.
Dans les Psaumes, le livre des Lamentations, ou même le livre des Actes (pensons aux ch. 13-28 : les voyages missionnaires ainsi que la traversée de Paul jusqu’à Rome) on trouve à plusieurs reprises des commentaires qui auraient pu appartenir à un journal personnel. L'exemple de ces personnes qui écrivaient leurs prières, leurs méditations, leurs questions, leurs observations, leurs espoirs même leurs itinéraires fournit une base biblique encourageant les chrétien.ne.s à faire de même.
De plus, on pourrait aisément avancer l’argument que l’ensemble de la Bible est, en elle-même, une longue rédaction décrivant des gens qui se joignent à ce que Dieu est en train de faire – et ça, de la plume de centaines d’individus!
(2) Les croyants, à travers l'histoire de l'Église, ont trouvé que la tenue d'un journal était très bénéfique pour leur croissance spirituelle et missionnelle.
Je pense ici surtout à Jonathan Edwards, qui raffolait tellement des journaux qu’il en tenait plusieurs en même temps. L’un de ceux-là a fini par devenir le premier ouvrage biographique américain qui portait sur la vie du missionnaire David Brainerd. À bien y penser, que saurions-nous au juste des différents missionnaires de l’histoire (Hudson Taylor, Amy Carmichael, Georges Müller, etc.) si on avait pas eu accès à leur journal intime? Sans vouloir prétendre rivaliser de tels personnages d’importance, l’utilité de la tenue d’un journal de bord est assez bien établie dans les cercles missionnaires. Alors pourquoi pas démocratiser la chose et s’en servir nous-même dans le cadre de notre propre vie?
(3) Néanmoins, il existe d'autres moyens de noter l'action de Dieu sans avoir à l'écrire dans un journal.
Ce n’est peut-être pas pour tout le monde de tenir un journal mais se confier à nous-même ou à d’autres, par rapport à notre mission avec Dieu l’est certainement. Qu’on prenne le temps de l’écrire ou pas, prendre un pas de recul avec Dieu en solo (dans la prière, le silence, en lisant la Bible) ou avec d’autres personnes (redevabilité, confession, encouragement mutuel), c’est très chrétien! Ultimement, noter veut surtout dire remarquer.
Lis le témoignage de quelqu’un qui a essayé cette habitude ici:
Astuces pour développer l’habitude
Tenir un journal de bord a beau ne pas être sorcier, je trouve utile de détailler les dimensions d’une telle habitude dans le cadre de notre propre vie de mission avec Dieu.
Prends le temps de noter pour :
Traiter (et digérer) ce qui se passe. Un genre de retour ou de prise de conscience hebdomadaire peut certainement favoriser un style de vie missionnel.
Pourquoi cette personne n’a-t-elle pas répondu à mon invitation à souper? Peut-être qu’elle a dû oublier. La prochaine fois, je vais essayer de me rappeler de la relancer au cas où. Ou peut-être qu’elle risque d'être plus à l’aise si on sort prendre un verre à la place…
Donner un sens à l'œuvre de Dieu. Malgré le fait qu’on soit tous occupés, perdre Dieu de vue dans notre quotidien est néfaste pour notre vie spirituelle. Le simple fait de noter nous oblige à prendre conscience de la manière dont Dieu se sert de nous pour déployer son Règne dans le monde entier.
Conserver une trace de tes idées et réflexions. Prendre des notes fait de nous de meilleurs étudiants. Si tu prends cette habitude maintenant, imagine comment ça risque de t’encourager dans un an, quand tu vas réviser tes notes et constater ton évolution!
Poser des questions importantes. Mon rêve, c’était-tu toi Dieu ou c’était la pizza d'hier soir? Quand j’ai dis telle chose à mon collègue, est-ce que c’était toi qui parlait à travers moi? Plus on les note, plus nos questions s'améliorent et plus nos questions s'améliorent, plus les réponses vont devenir bonnes.
Exprimer tes doutes, tes incertitudes, à Dieu. Être en mission nous rend très vulnérables : ça nous prend un espace où on peut être vrai avec Dieu. Souvent, un peu comme le voyant lumineux de notre tableau de bord, ces sentiments peuvent nous indiquer la condition de notre cœur.
Te voir (et voir ton monde) différemment. Ça n’arrivera pas en criant « ciseaux »! Au fur et à mesure qu’on note les façons dont on reflète Dieu, le plus qu’on va commencer à s’identifier différemment. Je suis le genre de personne qui valorise la mission. Je suis le genre de personne qui vit missionnellement. En voici la preuve : mes notes!
Tout ça pour dire que je t’invite à essayer cette habitude avec moi. :-)
Pour aller plus loin
On est tous différents. Il y en a qui sont plus « journal » et d’autres qui aiment franchement moins ça. La bonne nouvelle est que de multiples options s’offrent à toi :
Un bon vieux journal papier… quoiqu’il existe différentes façons de l’utiliser, impliquant les arts, des photos, le format bullet-point, ou même celui d’une phrase par jour.
Maintenant que nous sommes passé à l’ère numérique on peut aussi :
Tenir un journal hybride – je pense notamment au Moleskine Smart Writing.
S’enregistrer des mémos vocaux dans un appareil (pense aux journaux de bord à la Star Trek, mais chrétien!). Il y a des outils qui combinent cette fonction avec l’IA.
Et si t’es plus motivé à le faire si tu parles littéralement à quelqu’un : imagine partir une conversation privilégiée sur Messenger ou Whatsapp avec une ou deux ami.e.s où vous vous envoyez des enregistrements de vos compte-rendus missionnels?
Utiliser un appli de notes sans se casser la tête ; ça peut être celui déjà installé sur ton appareil, ou on peut aussi le magasiner : Evernote, Notions, OneNote, Keep, Simplenote, Bear, ainsi de suite.
Télécharger un appli de journal intime numérique. Nos magasins d’application en déborde. Pourquoi pas en essayer un mais avec un but missionnel?
Tu utilises déjà un agenda ou un calendrier, papier ou virtuel : rien ne t’empêche d’y ajouter des notes soit dans un événement ( « Mission ») ou dans les marges.
Et même si l’écriture n’est juste pas ton fort, ne t’en fais pas! À la place, es-tu capable d’inclure un tel débrief missionnel dans tes moments de prière avec Dieu, peut-être une fois par semaine (par exemple, le dimanche)? Ou peux-tu prendre l’habitude d’en parler avec quelqu’un de ton Église (qui sait, la qualité de sa mémoire pourrait rivaliser avec un journal!)? Je crois que ça peut t’amener à un résultat assez similaire.
Note de l’éditrice : Cet article est le neuvième d’une série (de douze) qui présente les habitudes missionnelles développées par Michael Frost dans son livre Surprise the World! Chaque habitude sera couverte par deux articles : une présentation et une histoire. Nous espérons que cette série te donnera des idées et des outils sur la manière de vivre ta foi dans le monde, afin que tu sois prêt.e à répondre à toute personne qui s'interroge sur l'espérance qui est en toi (2 Pierre 3.15-16).
1 Ce n’est pas tout à fait comme Michael Frost l’exprime mais je crois que c’est à la fois plus simple et plus facile à comprendre. J’emprunte la formulation de Henry Blackaby dans son livre Experiencing God.
